Histoires de vie

Une étude scientifique menée par Niederkrotenthaler et son équipe (1) abonde dans le sens d'un impact préventif de certains articles : ceux où l'accent est mis sur les mécanismes d'adaptation positive en cas de crise suicidaire. Ils sont associés à une diminution du taux de suicide dans la zone géographique où la couverture atteint une grande partie de la population. Ce potentiel de protection des médias a été baptisé effet Papageno. Suite à première étude, d'autres études ont identifié un effet protecteur des messages médiatiques tels que la capacité que peut avoir une personne à affronter une situation de crise sans frontière avec l'auto-agression grâce à des aides.

En partageant ces portraits, notre intention est d'offrir des témoignages sur la réalité de la souffrance psychique mais aussi sur l'entraide et les recours possibles. Ces ressources narratives sont des contributions personnelles.

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(1) : Niederkrotenthaler T, Voracek M, Herberth A, Till B, Strauss M, Etzersdorfer E et al. Rôle des reportages des médias dans les suicides accomplis et prévenus – Werther c. Effets Papageno. Frère J Psychiatrie. 2010;197:234-43.

Certains ne comprendront pas ce message, certains penseront que je suis une fan qui a perdu le sens des réalités car comment peut-on être ébranlé.e par la mort d'un être qu'on n’a jamais côtoyé ?
Moi-même, je n'aurais jamais pensé que ta mort me bouleverserait à ce point. Moi qui ai découvert Linkin Park par le biais d'un film en 2003. J'écoutais les albums avec plaisir, ça me faisait du bien, comme le fait si souvent la musique, sans pour autant avoir un besoin de voir le groupe en concert. Je suivais de loin, dans mon coin. Je n'oublierai jamais comme le clip de "Heavy" m'a laissée sans voix tant je me suis vue dans ce clip, j'ai pris conscience que je n'étais donc pas seule à vivre cela à l'intérieur. Et puis... Juillet 2017... Ce fameux sous-titre sur BFMTV... qui m'a annoncé que l'homme que j'avais vu de si nombreuses fois via mon DVD, via les clips, s'était suicidé. Un choc, une tristesse... Une colère aussi car le suicide n'est pas qu'une mort pour moi, dès que je découvre qu'une personne meurt ainsi, ça me replonge toujours dans ce ressenti, dans mes idées noires. Du moins mes cicatrices se rappellent à moi.
Très vite, après cette tristesse immense de savoir que la dépression avait eu raison de toi, toi qui avais tellement d'humour, un tel sourire sur le visage, toi si généreux avec l'autre, toi qui étais si bon, toi qui a mis des mots sur nos maux, qui nous as permis de les analyser, de survivre malgré tout... le doute s'est emparé de moi. Comment pourrais-je y arriver alors que tu avais perdu ce combat ? Comment moi qui me cache derrière mon sourire, mon humour, pourrais-je supporter ce monde, si toi qui avais été un guide pour tellement de gens n'y étais pas arrivé ? Je me suis identifiée à toi et c'est donc tout naturellement que la dépression, jamais très loin de moi, m'a happée.
Mais elle n'aura pas eu raison de moi, elle ne m'aura pas envahie longtemps car j'ai trouvé des nouvelles fondations. J'ai cassé cette armure que toi aussi tu avais, j'ai assumé celle que je suis et j'ai décidé que je lutterais pour moi, pour toi et pour tous les autres. J'ai suivi ta femme dans cette lutte, j'ai suivi les différentes aides dont elle s’est fait écho tout en travaillant sur une partie de moi que j'ai caché pendant si longtemps, mon hypersensibilité.
Aujourd'hui, non seulement, je me sens mieux, la dépression loin de moi, mais j'ai trouvé un sens à ma vie, j'ai trouvé ma place, je me sens vivante.
Je te serai à jamais reconnaissante de tout ce que tu m'as apportée, je ne te remercierai jamais assez.
Des liens entre les âmes naissent sans forcément un contact physique, il suffit qu'on soit touché en plein cœur et tu as su le faire avec des millions d'entre nous car tu étais extraordinaire et tu resteras extraordinaire bien au-delà du 20 juillet 2017. La place que tu as dans ma vie depuis 2003 reste intact.