Indications pour les blogeurs.euses

Les présentes recommandations ont pour objectif d’aider les blogueurs·euses à aborder ce sujet délicat de la façon la plus prudente possible, afin de renforcer l’efficacité de leur message et de réduire les risques engendrés par une communication non maîtrisée. Avant de publier vos articles, demandez-vous :

Quel est l’objectif de mon article ?

Quand on écrit au sujet du suicide, il est important de se fixer un objectif qui aide à définir les grandes lignes de l’article et à évaluer l’efficacité du message. Voici quelques exemples d’objectifs :

  • Sensibiliser le public au problème du suicide,
  • Aider les personnes en difficulté ou suicidaires,
  • Informer un public spécifique,
  • Aider les personnes endeuillées par le suicide d’un proche.

Quelques exemples d’articles :

  • Expériences personnelles qui se sont soldées par des résultats encourageants et positifs,
  • Récits de tiers mettant l’accent sur l’espoir, l’entraide et la guérison,
  • Récits qui mettent en avant les effets positifs pour un individu, un groupe ou une organisation (suicides évités),
  • Récits qui mettent en avant les ressources et les lignes d’assistance téléphonique publiques,
  • Articles qui présentent les résultats de nouvelles recherches ou des traitements prometteurs,
  • Récits qui encouragent les personnes en difficulté à se faire aider.

À éviter de préférence :

  • Actualités ou récits concernant un suicide, une série de suicides ou une méthode de suicide inhabituelle,
  • Suicides de célébrités. Les jeunes sont très influencés par les célébrités et sont susceptibles de copier leurs actes — il pourrait être intéressant de parler d’une célébrité qui a surmonté ses idéations suicidaires ou qui a survécu à une tentative de suicide,
  • Rumeurs de suicide,
  • Articles qui tentent d’associer un suicide à une cause unique (par exemple le cyberharcèlement), car on a rarement recours au suicide pour une seule raison.

Qui sont mes lecteurs ?

En général, les blogs s’adressent à un public qui, pour des raisons personnelles, s’intéresse à leur contenu. N’oubliez pas que certains de vos lecteurs sont peut-être vulnérables. Évitez de les bombarder avec trop d’informations, de données et de contenus.

  • Qui est susceptible de lire cet article ?
  • Est-ce que je m’exprime dans un langage adapté pour toucher ce public ?
  • Mes lecteurs comprendront-ils le message que j’essaie de faire passer ?

Est-ce que je veux informer mes lecteurs, les encourager à agir ou les deux ?

Vous pouvez utiliser votre blog pour informer votre public et/ou l’inciter à agir. Que pouvez-vous apprendre à vos lecteurs ou les encourager à faire ? Vous pouvez par exemple leur suggérer :

  • de se faire aider en cas de besoin,
  • d’acquérir des connaissances sur le suicide (ex. : signaux d’alarme et facteurs de risque de suicide),
  • de soutenir une cause ou une campagne spécifique.

Mon article de blog a-t-il obtenu le résultat escompté ?

Observez les réactions suscitées par votre article. Si vous ne l’avez pas déjà fait, mettez en place un système qui vous permette de connaître l’avis de vos lecteurs.

  • Est-il possible de donner une note à votre blog ?
  • Les commentaires sont-ils autorisés ?
  • Les avis sur l’article sont-ils ouverts ?

Je suis un.e blogeur.euse invité.e

Bien souvent, les blogueurs·euses invité·e·s (les personnes qui contribuent à un post qui n’est pas le leur) n’ont aucun contrôle sur la version finale du texte, sur la ou les images publiées et sur le choix du titre. Vous pouvez néanmoins prendre certaines mesures pour vous assurer que vos intentions de départ sont respectées.

Engagez le dialogue

L’équipe rédactionnelle ne connaît pas nécessairement les précautions à prendre pour parler du suicide. Invitez-les à consulter ce site puis recontactez-les pour vous assurer qu’ils ont compris l’importance d’un traitement médiatique prudent.

Soyez proactifs

Lorsque vous soumettez votre article, suggérez plusieurs titres appropriés et non sensationnalistes, ainsi que des exemples d’images non explicites. Insistez pour que le.la responsable vous contacte ou consulte un spécialiste de la prévention du suicide et/ou du traitement médiatique s’il décide de changer le titre ou les images avant publication.

Si on vous demande de raconter votre histoire personnelle

• Assurez-vous que le contenu de votre témoignage est approprié au sujet, et ne partagez que les détails qui le sont,
• Partagez des réflexions encourageantes tirées de votre expérience. Expliquez que les soins peuvent fonctionner et que la prévention est possible,
• Demandez à la personne qui vous interroge d’indiquer des dispositifs de prévention du suicide et d’aide en cas de crise dans son article,
• N’oubliez pas qu’une fois que vous avez partagé votre histoire, il est peu probable que vous puissiez exercer un contrôle sur le contenu publié. Parvenez à un accord avant de partager votre histoire.

Les principaux écueils et comment les éviter ?

Voici la liste des principales attitudes à risque et des solutions à privilégier :

À éviter : Montrer/décrire la méthode ou la scène d’un suicide dans votre article.
À faire : Dites que la personne s’est suicidée, sans entrer dans les détails.

À éviter : Publier le contenu d’une lettre d’adieu.
À faire : Indiquez qu’une lettre a été trouvée, sans donner plus de détails.

À éviter : Dire qu’un suicide a « réussi » ou « échoué », parler de « tentative ratée ».
À faire : Dites que la personne « s’est suicidée » ou « a mis fin à ses jours », parlez de « suicide avéré ».

À éviter : Qualifier le suicide « d’épidémie » ou employer des mots forts comme « grimper en flèche » ou « exploser ».
À faire : Procurez-vous des données aussi fiables que possible et employez des mots neutres comme « augmentation » ou « hausse ».

À éviter : Diffuser des stéréotypes négatifs, des idées reçues et des clichés qui stigmatisent les personnes atteintes de troubles mentaux ou suicidaires.
À faire : Informez-vous. Soyez conscient des idées reçues au sujet du suicide et des personnes qui se suicident.

À éviter : Simplifier à l’excès les causes d’un suicide ou essayer de donner une explication ou une cause unique.
À faire : Mentionnez que les causes du suicide sont complexes et que de nombreux facteurs entrent généralement en jeu.

À éviter : Banaliser le suicide en le présentant comme courant ou acceptable.
À faire : Rappelez que le suicide n’est pas une réaction normale à des problèmes de santé mentale courants ou au stress du quotidien, et qu’il est possible de le prévenir et de se rétablir.

À éviter : Parler du suicide comme s’il s’agissait d’un crime.
À faire : Insistez sur le fait que le suicide est un problème de santé publique.

À éviter : Divulguer des informations détaillées sur la personne qui s’est suicidée. Les personnes suicidaires pourraient s’identifier à elle, ce qui augmenterait les risques de suicide par imitation.
À faire : Utilisez l’histoire de la personne pour parler de prévention et expliquer comment surmonter une situation difficile et comment trouver de l’aide.

Mentionnez les détails qui aident à replacer le suicide dans son contexte, tels que les signes avant-coureurs observés et tout autre problème de santé mentale ou d’addiction éventuel. Signalez où trouver de l’aide et expliquez qu’il est possible de surmonter une crise suicidaire pour faire ainsi passer un message d’espoir.

Une dernière relecture

Avant de publier votre article de blog, demandez-vous :

Le message que je fais passer est-il utile et positif ?
Adoptez un ton positif. Vos lecteurs doivent immédiatement comprendre qu’il est possible de prévenir le suicide, qu’il existe des dispositifs d’aide et que les soins sont efficaces.

Ai-je indiqué où trouver de l’aide ?
Chaque fois que vous abordez le sujet du suicide, vous devez absolument fournir une liste de ressources d’aide. Il est possible que certains lecteurs soient en situation de détresse. En mettant à leur disposition des informations sur la prévention du suicide et des troubles mentaux, vous leur donnez une chance de se faire aider. Nous recommandons d’indiquer d’appeler son médecin généraliste ou en cas d’urgence, le 15.

Le titre que j’ai choisi est-il approprié ?
Réfléchissez bien au titre de votre article de blog. Évitez les termes ou les expressions sensationnalistes. Ne soyez pas trop explicites et ne mentionnez pas de méthode de suicide. Évitez également les titres qui émettent des suppositions sur la vie d’une personne ou suggèrent une cause unique.

Mon article reflète-t-il la réalité ?

  • Vérifiez que toutes les statistiques et tous les faits cités dans votre blog sont exacts.
  • Lorsque vous citez des données, évitez d’exagérer le problème du suicide ou de perpétuer l’idée que le suicide est un problème insoluble.
  • Le suicide n’est pas une épidémie, n’employez pas ce mot pour le décrire. Décrivez-le plutôt comme un important problème de santé publique auquel il faut s’attaquer.
  • Si vous souhaitez utiliser des données chiffrées, assurez-vous qu’elles soient à jour. Les informations dépassées ne sont d’aucune utilité et risquent de ne pas refléter la situation actuelle.

Les images que j’ai utilisées sont-elles adéquates ?
Évitez d’illustrer votre article de blog par des images stéréotypées à forte charge émotionnelle ou qui représentent des actes de violence ou d’automutilation. N’utilisez EN AUCUN CAS des images qui illustrent la méthode ou le lieu d’un suicide. Si vous ne choisissez pas les images publiées sur le blog pour lequel vous écrivez, envoyez un message aux responsables pour leur expliquer quels types d’images éviter.

Ma façon de m’exprimer est-elle adaptée et prudente ?
Afin que vos lecteurs vous comprennent, utilisez le langage courant — en particulier si vous avez une formation clinique ou médicale (et que ce n’est pas le cas de vos lecteurs). Évitez d’employer des termes médicaux ou professionnels (jargon médical) et/ou des mots durs, désobligeants, humiliants ou indélicats. Afin de changer l’attitude et les a priori du public au sujet du suicide, certaines expressions sont à proscrire. Quelques exemples :

  • Évitez de dire que quelqu’un a « commis un suicide ». Dites que la personne « s’est suicidée », « s’est enlevé la vie », ou « a mis fin à ses jours ».
  • Évitez de qualifier un suicide de « réussi » ou de « manqué ». Dites juste que la personne « s’est suicidée », est « décédée par suicide » ou « a survécu à une tentative de suicide ».

Ai-je évité les éléments déclencheurs ?
Certains éléments peuvent rappeler une expérience traumatisante à un individu, provoquant crise d’angoisse, souffrance et profonde tristesse. Certains éléments déclencheurs peuvent également provoquer des comportements d’imitation.

Exemples de déclencheurs potentiels (liste non exhaustive) :

  • Images explicites montrant automutilation ou suicide (généralement par une méthode entraînant des blessures),
  • Images ou descriptions d’une ou plusieurs méthodes de suicide,
  • Description du décès.

Dans la mesure du possible, il est plus sûr d’éviter les contenus déclencheurs
Si vous décidez de partager des images explicites ou d’utiliser un langage descriptif parce que cela vous semble essentiel pour le récit, insérez un avertissement au début afin que les lecteurs puissent décider de poursuivre ou non leur lecture en toute connaissance de cause. N’oubliez pas qu’insérer un avertissement ne diminue pas le danger potentiel posé par le reste du contenu de l’article.

Exemple d’avertissements :
« AVERTISSEMENT – Cet article/section, ou les pages vers lesquelles il/elle redirige, contient des images troublantes et des informations sur le suicide qui pourraient choquer certaines personnes. »