« Et… et… et… »

Ne soyez pas un ni multiple, soyez des multiplicités

S’inspirant d’un modèle rhizomélique, le programme Papageno est

« (…) Un rhizome qui ne commence et n’aboutit pas, il est toujours au milieu, entre les choses, inter-être, intermezzo. L’arbre est filiation, mais le rhizome est alliance, uniquement d’alliance. L’arbre impose le verbe ‘être’, mais le rhizome a pour tissu la conjonction ‘et… et… et…' ».

Gilles Deleuze et Felix Guattari, Mille plateaux, capitalisme et schizophrénie 2.

Depuis sa création en 2014, le programme Papageno s’est propagé comme le bambou. À force de propositions, de motivations, d’interpellations, ses racines souterraines ont poussé, faisant émerger ça et là, toujours plus nombreuses, les pousses d’une action au service de la prévention du suicide.

Ou plutôt des actions, multiples et cohérentes, connectées et engagées. Pour 2017, nous ne voulons plus simplement observer le rhizome qui croît, nous voulons le stimuler, l’entretenir, en prendre soin. Ce paradigme cher à Deleuze et Guattari, nous voulons le défendre, l’inscrire comme une rupture, en faire l’engagement de notre stratégie. Défendre le rhizome comme modèle de déploiement, c’est consacrer la multiplicité et la diversité des efforts de chacun, reconnaître la spécificité et la complémentarité des compétences, les potentialiser en les mettant en lien. C’est préférer cultiver les vivacités locales plutôt que de tenter d’imposer un modèle préconçu, fut-il pertinent.

Initialement, nos efforts de prévention se sont concentrés sur la collaboration avec les médias afin de prévenir les suicides en grappe de masse (série de suicides associés à l’effet des médias et qui s’observent suite à la médiatisation d’un cas de suicide). Mais ce qui a déjà émergé de la conjugaison de nos forces nous incite à aller au-delà et à nous étendre sans perdre de vue ce qui fait notre préoccupation scientifique et stratégique : la prévention de la contagion suicidaire.

Pour être plus précis, nous comptons effectuer un travail de recensement des hot-spots suicidaires (c’est à dire des lieux publics où les suicides surviennent avec prédilection) afin de mieux les sécuriser ou de soutenir ceux qui s’y rendraient pour attenter à leur vie. Nous mènerons également une réflexion approfondie autour de la gestion du suicide en institution, réflexion que nous pourrions opérationnaliser dans les entreprises ou auprès d’organisations publiques. Notre attention se portera en outre avec plus d’acuité sur les populations vulnérables à la contagion suicidaire, avec une mention particulière pour les adolescents et les jeunes adultes. Nous nous attèlerons enfin à investir davantage les réseaux sociaux, en tant qu’ils peuvent être impliqués à la fois dans les suicide en grappes de masse et localisées.

Continuer de travailler à ce que l’effet Papageno se substitue à l’effet Werther. Mais aussi, et plus généralement, s’efforcer à ce que, chaque fois qu’un risque de contagion suicidaire survient, ce soit l’entraide, l’accès au soin et le souci de l’autre qui se propagent.


Les acteurs

Papageno est un programme national soutenu par la Direction Générale de la Santé du Ministère de la santé en France et qui s’inscrit dans l’Action 31 du Programme National d’Actions contre le Suicide 2011-2014. Il concerne les 19 écoles françaises en journalisme dont 14 sont agréées.

Il repose sur un partenariat tripartite entre le Groupement d’Études et de Prévention du Suicide (GEPS), la Fédération Régionale de Recherche en Psychiatrie et Santé Mentale (F2RSM Psy) Hauts-de-France, et l’Association Lilloise de l’Internat et du Post-Internat en Psychiatrie (ALI2P). Il bénéficie du soutien de l’Association Française Fédérative des Etudiants en Psychiatrie (AFFEP).

L’action menée auprès des écoles de journalisme a rapidement donné au programme une réelle visibilité ainsi qu’une légitimité auprès des professionnels des médias et de la santé. Aujourd’hui, notre équipe est identifiée comme compétente pour la question de la contagion suicidaire. Nationalement, nous faisons référence en ce domaine.

Au plan international, nous avons rejoint le groupe de travail « Suicide et médias » de l’IASP (International association for suicide prevention).

Les actions que nous coordonnons créent une réelle dynamique globale de prévention du suicide.