L'histoire de Lilian

La dépression, je la connais bien. Cette dernière me suit depuis ma plus tendre enfance puisque déjà à l’âge de 3 ans environ je consultais une pédopsychiatre pour ce motif. Je dois bien avouer que des récits que j’ai eu de mes premières années, je pense connaître quelques facteurs favorisants.
Après cette première mauvaise passe mais m’en étant sorti, c’est l’école qui commence et tout se passe pour le mieux, j’ai des copains-copines, j’ai de bons résultats, en somme j’aime l’école. Seulement tout commence à se gâter à l’école élémentaire avec du harcèlement scolaire, qui va se manifester par vagues, un peu comme le covid-19 finalement. Lors de ce moment vient une manifestation typique : je ne veux plus sortir de chez moi, j’ai peur de ce qui pourrait m’arriver. Puis ce harcèlement se tasse un peu au collège mais revient au début du lycée. C’est durant cette année de lycée que la dépression va se réinstaller plus forte que jamais (car avec le harcèlement j’avais eu de grosses phases de déprimes). J’avais de nombreuses idées noires, plus d’envie de sortir ou de faire d’activités, la fameuse anhédonie pointait le bout de son nez. Puis sont arrivées les idées suicidaires mais je n’avais pas d’idée sur la façon de mettre fin à mes jours… Je n’avais pas de médicaments et je ne voulais pas de mort violente, il y avait eu assez de violence dans ma vie. Alors j’écrivais, j’écrivais quand ça n’allait pas, quand j’avais envie de mourir et ça m’apaisait, aussi bizarre que cela puisse paraître. Heureusement, mes deux dernières années de lycée ont été superbes et ont permis de compenser un peu tout le reste.
Après cette longue période de scolarité secondaire vient le supérieur. Là tout va bien, le harcèlement n’existe plus, je suis sur un petit nuage jusqu’au jour où j’ai quelques maux de ventre, je n’y prête pas trop attention mais les crises deviennent de plus en plus intenses. Mon médecin généraliste ne comprend pas et m’envoie vers un spécialiste qui ne voit rien aux examens et me dit que c’est le stress. Un peu sceptique sur le coup mais après tout, c’est lui le médecin. Quelques mois plus tard je vais chez la dermatologue qui me diagnostique une dermite séborrhéique qui sont de petites plaques causées par le stress. À ce moment-là je me remémore ce que disait le gastro-entérologue et je fais le lien. Cependant, tant que ça en reste là, ce n’est pas dramatique et ma vie suit son cours. Puis le temps passe et apparaissent des crises d’angoisse, de plus en plus intenses et surtout de plus en plus fréquentes. Mon médecin traitant me mets alors sous anxiolytiques (des benzodiazépines). Ça n’a qu’un effet très modéré sur moi, il augmente alors les doses mais toujours rien et s’ajoute à cela de l’agoraphobie en lien à l’anxiété et un début de dépression qui commence à durer, mais les antidépresseurs n’ont pas vraiment d’effets non plus. Il souhaite donc que je vois un psychiatre puisqu’il estime que son champs de compétences n’est plus suffisant. Seulement, trouver un psychiatre a été un véritable calvaire, il faut appeler tous les psychiatres qui sont tous débordés ou sur le départ à la retraite et je ne trouve aucun rendez-vous. Puis mon généraliste me parle du CMP (le centre médico-psychologique) où les consultations sont gratuites (en tout cas pour le patient) et je les appelle alors. On me propose des rendez-vous mais les délais sont très longs. Je ne sais plus trop quoi faire et choisis donc de commencer par les entretiens avec le psychologue en attendant de voir un psychiatre quelques mois plus tard. Mon psychologue était de tendance plutôt psychanalytique, or ce n’est pas vraiment la méthode que j’attendais, non seulement je déteste parler à un inconnu de choses très intimes, mais quand en plus on a la sensation de parler à un mur c’est encore pire. Enfin arrive le rendez-vous avec le psychiatre où on refait un bilan de tout le passé et il me dit que la seule chose à faire est de lutter contre mes angoisses en sortant de chez moi et en simulant une vie normale (ce ne sont pas ses propres mots évidemment). Pour ce qui est de la dépression, pas de changements médicamenteux, mon humeur reste alors assez minable. Les semaines et mois passent, rien ne change et les idées noires sont bel et bien là. Et avec les stocks de médicaments que j’ai réussi à faire (et trouver d’autres médicaments), je décide alors de dormir. Je ne veux pas vraiment mourir en réalité, je veux dormir et me réveiller quand tout ira mieux. Au réveil, sont les urgences psychiatriques qui m’accueillent, et je peux vous assurer que c’est le luxe : chambre individuelle et douche le lendemain matin. Je vois donc un psychiatre une fois la nuit passée mais l’entretien est assez bref, le simple fait d’avoir dit que je voulais juste dormir a suffi à me relâcher sans suivi.
Lorsque j’ai revu mon psychiatre de suivi, il n’en a rien dit et n’a rien changé du traitement. Puis j’ai recommencé les intoxications médicamenteuses, avec toujours plus de médicaments. Et toujours le même refrain, passage aux urgences, entretien avec le psychiatre et sortie.
Sauf qu’en parallèle de ces intoxications que je répétais et pour lesquelles je n’ai pas toujours appeler le Samu ou prévenu d’amis, la tolérance aux médicaments arrivait et l’accoutumance aussi. J’avais alors besoin d’en prendre souvent et dans de plus grosses doses.
Au total, j’ai fait 7 passages aux urgences pour intoxications médicamenteuses et vouloir dormir n’était qu’une façade, ou bien une métaphore. Et malgré ces 7 passages, mon psychiatre de suivi n’a jamais tenté de m’orienter vers un.e addictologue ni de modifier les traitements et selon lui, ce n’était qu’une dépression tout ce qu’il y a de plus classiques. En même temps cette dépression elle évoluait un peu par vagues, même si elles n’étaient pas régulières.
Un jour, en ayant assez de tourner en rond j’ai voulu changer les choses drastiquement. J’ai demandé une admission en clinique psychiatrique à mon psychiatre, il était plus que dubitatif mais il a accepté. 2 mois après j’entrais à la clinique et j’ai découvert un nouveau monde : la libération. Il n’y a pas de tabous, on est tous dans le même bateau et mon psychiatre est top : à l’écoute, inclus le patient dans la stratégie en lui demandant son avis pour les traitements, etc. Seulement le gros problème c’est que j’étais addict aux médicaments (bien moins à l’alcool)… Et les premières semaines ont été très compliquées à ce niveau-là, la dépendance aux médicaments s’est alors tournée vers l’hyperphagie puis à la boulimie puisque je me faisais vomir par culpabilité.
Et là les psychiatres que j’ai vu m’ont donné une BD à lire, en 1h30 je l’avais lu. Cette BD c’était tout ce que je pouvais ressentir transcrit sur le papier. Avec mon psychiatre on en a alors longuement discuté, je lui ai détaillé tout ce que je vous raconte en ce moment et bien plus encore et le diagnostic a été posé : je suis cyclothymique. La cyclothymie est un trouble bipolaire avec des humeurs changeantes de manière complètement irrégulières et avec des intensités tout aussi variables. Par exemple, pour moi, je pouvais passer d’une humeur neutre à des idées suicidaires puis remonter à une humeur bonne en seulement quelques heures, parfois même plusieurs fois par heure.
Un traitement est alors mis en place mais 5 semaines après l’initiation j’ai des effets indésirables, ceux qui imposent l’arrêt immédiat du traitement pour éviter de grosses complications. Je m’effondre, je supplie mon psychiatre de continuer, je me fichais du risque de décès qui s’en suivait, évidemment il m’a clairement fait comprendre que je n’avais pas le choix. Quelques jours après il me propose alors 2 autres traitements alternatifs mais indiqués dans cette pathologie et ayant faits leurs preuves. J’en choisis donc un et on l’introduit. Aujourd’hui je suis toujours sous ce traitement en plus de mes traitements anxiolytiques et antidépresseurs (conservés car mon humeur est plus souvent très basse que haute, rendant un virage maniaque très peu probable).
Aujourd’hui je suis de retour chez moi après 2 mois et demi de clinique, un traitement stabilisé, une humeur bien plus stable mais toujours un peu joueuse et enfin une hygiène de vie beaucoup plus saine.
Ce qu’il faut retenir, c’est qu’il y a toujours une solution même si elle n’est pas simple. Il faut se faire accompagner par quelqu’un en qui vous avez confiance, que ce soit un proche, un professionnel, une association, vous trouverez toujours quelqu’un pour vous venir en aide et ce n’est pas une honte de vouloir aller mieux. La dépression, le suicide, les troubles psychiatriques, l’anxiété, les troubles du comportement alimentaire, les addictions sont des maladies, il faut les prendre en charge correctement pour s’en sortir ou vivre avec plus sereinement.
Et avant toute chose, prenez soin de vous.