L'histoire de Sarah

Cette formulation pour raconter ma maladie est assez évocatrice. Je m’appelle Sarah, j’ai 28 ans et je témoigne aujourd’hui l’histoire de ma vie, de ma maladie.
La vie, en son terme premier, ne m’a pas épargnée. Une histoire familiale des plus complexes, je me demande même si je ne suis pas le seul cas en France. Abandonnée à la naissance par mon père biologique, j’ai dû porter son nom de famille, alors que les membres de ma famille (mère, sœur et père qui m’adoptera ensuite) portaient tous un autre nom. La loi du 8 janvier 1993 sur la présomption de paternité m’a portée préjudice jusqu’à ma majorité, jusqu’à mon adoption. Difficile de grandir et de trouver sa place dans sa famille quand notre nom même est différent des autres. Sans compter les remarques des enfants à l’école qui ne pouvaient comprendre pourquoi je ne portais pas le même nom que ma sœur. « Vous n’êtes pas de vraies sœurs ». Je ne compte plus le nombre de fois où l’on a pu mettre en cause le fait qu’on ait le même sang et pas le même nom. Mais j’ai appris à vivre avec.
Je n’étais qu’une enfant. L’abandon et le sentiment de rejet ne m’ont jamais quittée durant le reste de ma vie. Victime d’harcèlement scolaire à l’âge de 13 ans, il fût encore plus compliqué de trouver la place mais cette fois-ci en société. Rejetée par l’ensemble de mes camarades, le harcèlement ne fût pas, ou peu, physique mais plus moral, psychologique. À l’âge où un enfant doit se construire pour sa future vie d’adulte, je me suis retrouvée dépersonnalisée laissant apparaître au grand jour un trouble de la personnalité qui était lattant depuis des années.
Avec le recul, je peux aujourd’hui dire qu’à cette époque, je traversais ma première dépression, sans diagnostic ni prise en charge. Le chaos de cette maladie ne demandait qu’à exploser, mais ce n’était pas à ce moment.
Mon histoire de vie continue, mon harceleuse me suit pendant des années et vient se rajouter le premier amour qui me détruira en tant que femme de mes 15 ans jusqu’à mes 17 ans. Je ne connaissais pas mes limites, quand on vit une première fois, on ne sait pas ce qui est tolérable ou non. Et pourtant. Je me rendrais compte bien plus tard que j’ai été victime de viol conjugal alors que je n’étais même pas majeure. Une ligne de plus dans mon histoire de vie qui détruira ma confiance en moi, pour de bon.
Les années suivantes n’ont pas non plus été de tout repos. Entre moments de carnage (violence, alcoolisme, maladie, mort…) et instants plus calmes, j’ai réussi à me faire une place dans notre société. En couple, un travail, une maison, des amis… une vie stable pendant 8 ans. Puis l’amour s’en est allé. Je prends la décision de mettre un terme à cette histoire d’amour, ne me sentant plus comblée et heureuse dans ce couple. L’enfer va commencer.
La dépression éclate. Printemps 2020, je perds mon couple, retourne vivre chez mes parents, je décide de ne pas renouveler un CDD car je sens bien que quelque chose ne va pas. Plus d’emploi, plus de maison, plus de conjoint et plus de vie sociale car la COVID apparaît. Confinement chez mes parents, avec ma sœur, la vie familiale devient mon enfer que je transmets aux miens. L’angoisse permanente, l’insomnie, la folie et l’hystérie s’emparent de moi, la dépression me gagne. Mon médecin fait le nécessaire en me prescrivant des médicaments et me propose une hospitalisation en urgence dans une clinique psychiatrique.
Ce sera ma chance de me soigner. Je ne peux plus vivre ainsi entraînant ceux que j’aime dans ma chute. L’hospitalisation me sauvera, aidée d’un travail personnel acharné pour m’en sortir et de mes béquilles (les médicaments). Le soutien de mes proches sera également une aide précieuse que tous les malades n’ont pas. Toute aide et tout soutien est bon à prendre. Je prends et j’apprends la maladie.
Trouble alimentaire, trouble anxio-généralisé, labilité émotionnelle et l’attachement affectif seront autant de démons contre lesquels je me battrais et contre lesquels je me bats toujours. À 28 ans, après deux années de véritable pause dans mon histoire de vie, je reprends goût à la vie, doucement. Toujours en travaillant, avec un peu moins de médicaments mais un suivi psychiatrique constant.
J’ai pensé mettre un terme à cette souffrance permanente, persuadée que la vie ne valait pas d’être vécue ainsi. J’avais raison, mais ma tentative de suicide en mai 2021 m’a ouvert les yeux. La maladie ne m’emportera pas mais c’est moi qui gagnerais ce combat. La vie ne peut être supportable en étant malade de dépression sévère. J’ai alors pris la décision de me battre afin de guérir, tout du moins maîtriser les symptômes.
Aujourd’hui, je me bats encore contre la maladie mais je me bats aussi pour tous ceux et celles qui en souffrent, pour leurs proches, pour la santé mentale. Je me bats pour que cette maladie soit mieux comprise et stopper les tabous qui y sont accrochés. La dépression est une maladie, la dépression emporte beaucoup trop de personnes laissant des familles et ami.e.s démunis, la dépression est difficilement assumée par les malades et la société.
Je me bats aujourd’hui, pour moi, pour celles et ceux que la maladie a tués, pour les proches, pour la société et les citoyens, pour que la santé mentale ne soit plus tabou, pour aider comme je le peux ce qui m’aide à avancer et vivre. La dépression est une maladie.
Parlez, faites-vous aider, faites-vous soigner.