L'histoire de Sasha

Je dirais que tout a commencé par cette agression sexuelle à l’âge de 11 ans. J’étais incapable d’en parler, honteuse, sale et pas armée pour comprendre. Un voile noir est venu taire le souvenir - une amnésie lacunaire comme on me l’expliquera plus tard - qui se déchirait par moment me laissant entrevoir quelques images qui semblaient irréelles.
Je suis alors passé maître dans l’art de l’illusion : petite fille sémillante et brillante qui cachait au fond d’elle une boule noire en fusion. La première crise suicidaire est arrivée à l’âge de 16 ans : la boule noire avait pris le dessus et envahit chaque parcelle de mon corps. La moindre respiration me déchirait de l’intérieur. Il fallait que cela se termine. Et c’est un bruit à l’extérieur, un simple bruit, qui m’a fait reprendre conscience et poursuivre ma vie d’illusion.
Les années ont passé : un diplôme universitaire, des amis, un enfant, un conjoint… La boule noire était là, minuscule, même si souvent elle s’imposait à moi dans les moments les plus inopportuns. Pourtant, je parvenais à la canaliser en me persuadant qu' « il faut bien vivre avec ses souvenirs, même les plus malheureux », « que la vie n’est jamais rose », « qu’il y a bien pire que moi ».
Une rupture sentimentale en a décidé autrement : en un fragment de seconde, la boule noire a pris à nouveau possession de mon être. Tout n’était que souffrance, plus rien d’autre n’existait. J’avais 40 ans.
10 ans plus tard, alors que je vous écris, je remercie mes amies qui ne m’ont pas lâchée. Présentes au quotidien, elles m’ont guidée vers une thérapie EMDR. Oh ce n’était pas simple ni facile de se confronter ainsi au passé et au présent. Mais aujourd’hui, j’ai un avenir.