Je me suis intéressé tôt dans mon internat à la question de la communication autour de la santé mentale. Le programme Papageno, par sa richesse et son esprit d’ouverture d’esprit, est un allié idéal afin de faire évoluer la représentation du suicide et des troubles psychiques dans la société. Rencontres avec des étudiants journalistes, média training en congrès ou discussion à bâtons rompus, c’est toujours un plaisir de collaborer avec eux. Et que ce soit pour travailler sur un projet de recherche ou préparer une interview, l’équipe répond toujours présente !
Dr Jean-Victor Blanc, Psychiatre, Paris


Le suicide est, en psychiatrie, une préoccupation essentielle dans nos prises en charge. Pourtant le suicide dépasse bien souvent le champ de la psychiatrie et nous voyons au quotidien la difficulté des patients et des proches à faire face à cette problématique notamment du fait des stéréotypes qu’elle véhicule. Les mythes qui entourent le suicide emmènent à discuter celui-ci sur des plans sociologiques et philosophiques qui ramènent, trop souvent, au second plan la souffrance psychique et la douleur morale qui sont à son origine.
En effet, les idées suicidaires et les tentatives de suicide peuvent entrainer un sentiment de honte de l’individu qui font barrières à l’accès à des soins.
Changer les idées reçues autour du suicide est donc un enjeu essentiel pour amener les personnes qui ressentent cette douleur psychique à pouvoir en parler. Une des façons d’y parvenir est de traiter cette question avec plus de justesse dans les médias.
En tant que psychiatres nous nous mobilisons auprès de nos patients et leurs proches pour déstigmatiser les maladies mentales et améliorer l’accès aux soins. Toutefois les occasions de collaborer avec des journalistes sur ces questions sont rares. Le programme Papageno m’a permis – alors que j’étais interne en psychiatrie – de rencontrer une promotion d’étudiants en journalisme pour partager notre expérience sur le suicide et débattre autour de plusieurs idées reçues. Ces rencontres m’ont également permis de mieux appréhender le métier de journaliste qui demande de pouvoir s’approprier des sujets divers en peu de temps. Traiter de questions complexes avec ces impératifs rend leur tâche extrêmement difficile, ce que je n’avais probablement pas mesuré jusqu’alors. Sur cette journée, l’esprit d’ouverture des étudiants en journalisme a permis des échanges pertinents et enrichissants. Leur curiosité a aussi permis de questionner ce qui, pour moi, semblait des évidences et de me rendre compte de mon manque de pédagogie sur certaines questions. Et de réaliser que véhiculer un message a un autre corps de métier n’est finalement pas si facile et que les approximations faites par les médias ne sont pas à mettre qu’à leur seul crédit.
Ces échanges ont été pour moi l’occasion d’une ouverture sur le monde des médias et de mieux appréhender leur travail. J’espère que la rencontre entre eux, étudiants en journalisme et nous, internes en psychiatrie, aura permis de mettre une pierre à l’édifice du travail de déstigmatisation du suicide. Un travail qui nécessite tant un abord empathique des personnes concernées par le suicide, que de pouvoir dépassionner une des questions qui n’est rien de moins qu’une des plus sérieuses comme le disait Albert Camus. Tout cela afin de délivrer des messages simples et de permettre l’accès à des soins.

Dr Juliette Salles, Chef de clinique, CHU de Toulouse