Un premier écueil serait de penser qu’il existe une cause unique au suicide. On sait, sans plus pouvoir en douter, que le suicide procède d’une multitude de facteurs individuels d’ordre psychologique et/ou psychiatrique en même temps que de facteurs sociaux et sociétaux. Mais comment comprendre que certains lycées, certaines entreprises, certains corps de métier s’endeuillent à répétition de morts qui en viennent à se ressembler ?

Le phénomène de contagion à craindre après chaque suicide contribue à l’entretien d’un cercle vicieux qui leste la morbi-mortalité suicidaire. Comme en atteste la littérature scientifique, les personnes exposées directement ou indirectement à un événement suicidaire sont elles-mêmes plus à risque de souffrir d’idées de mort, voire de passer à l’acte. Il en découle la survenue « d’épidémies », soit que les suicides se succèdent de façon localisée dans les institutions (hôpitaux, entreprises, écoles, etc.) ou sur les hot-spots (ponts, falaises, forêts, etc.), soit qu’ils se multiplient sur tout le territoire sous l’influence des médias ou des réseaux sociaux.

La notion de la contagion ouvre une voie de compréhension qui éclaire sans la réduire la complexité du geste suicidaire. Mobilisant la psychologie, la sociologie et les sciences de la communication, elle postule le rôle central de l’identification comme lien social fondamental. Lorsque l’identification est mise à l’épreuve du suicide, elle risque de conduire les plus vulnérables à l’imitation du geste fatal ou au contraire elle est le socle de l’entraide, du souci de l’autre et de l’accès au soin.