Qu’est-ce qu’un plan de postvention ?

Lorsqu’un milieu (école, milieu de travail, milieu de vie, communauté, etc.) est touché par un suicide, un état d’anxiété ou d’impuissance peut s’installer, ce qui augmente la probabilité d’une désorganisation structurelle subite et rapide. Il peut survenir une confusion organisationnelle créant une rupture avec le niveau de fonctionnement habituel (Hoffman et Bearman, 2015).

Les impacts d’un suicide

Un décès par suicide d’un membre d’une communauté, est en effet un événement tragique, traumatisant et déstabilisant, qui engendre un climat émotionnel particulièrement intense et potentiellement anxiogène. À titre individuel, on se retrouve en état de stupeur et de choc, et projeté devant une grande incertitude et solitude.

Cet état de choc, perturbe aussi le fonctionnement habituel du milieu, en augmentant la probabilité d’un chaos organisationnel, qui peut être quasi instantané, si le suicide se produit au sein même du milieu.

La façon de gérer les impacts du suicide est donc cruciale. Il s’agit de transmettre aux personnes touchées un sentiment de confiance et de sécurité. Plus la désorganisation perdure, plus elle peut contribuer à maintenir, prolonger ou amplifier les sentiments de détresse dans la communauté. La préparation du milieu à faire face à un suicide est un facteur déterminant : elle l’aidera à retrouver le fonctionnement habituel de ses activités.

L’effet d’entraînement possible : à la jonction des impacts sur le milieu et sur les individus

La crainte la plus aiguë que soulève la survenue d’un suicide est que d’autres personnes en viennent elles-mêmes à mettre fin à leurs jours par effet de mimétisme (Nicolas, Notredame et Séguin, 2017). L’effet d’entraînement possible est un phénomène inquiétant. Les résultats de certains travaux de recherche indiquent que 50 % des jeunes exposés à un suicide présentent un risque de 2 à 4 fois plus élevé de se suicider et que de 1 à 4 % des suicides d’adolescents surviendraient en contexte de grappe localisée (plusieurs suicides dans un espace-temps limité) (Gould et coll., 1990).

Chez les jeunes, le risque de contagion à la suite d’un suicide peut être plus important en raison du processus d’identification aux pairs et autres modèles (Gérin-Lajoie, 2010). Les jeunes ayant des vulnérabilités en matière de santé mentale pourraient plus facilement s’identifier à la souffrance de la personne décédée ou au moyen qu’elle a utilisé pour arrêter sa souffrance.

À l’échelle du milieu, le suicide tend à générer une forme de désorganisation structurelle subite. L’établissement ou la communauté souffre alors d’une certaine « confusion » organisationnelle qui altère voire paralyse son fonctionnement habituel (Hoffman et Bearman, 2015). De plus, la période qui suit un suicide est propice à l’émergence de tensions et de conflits en partie liés à une dynamique groupale de recherche de responsable, surtout si le climat était déjà préalablement conflictuel (Combalbert et Feltrin, 2008). Un tel climat est susceptible d’entraver la capacité des membres du milieu à faire face au drame et peut même contribuer à augmenter leur détresse.

Se réorganiser face au chaos, gérer l’information, faire face à l’angoisse, accueillir ce qui se vit, assurer la transition vers la normalité, repérer les personnes à risques, et prévenir le phénomène de « contagion », sont les fonctions et objectifs d’un plan de postvention. L’ensemble de ces mesures visent à contenir, et à accompagner au mieux les inévitables effets et impacts d’un tel événement.

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