Prévention du suicide en période de crise sanitaire : messages à faire passer à la population

En tant que professionnels de la psychiatrie et de la santé mentale, vous êtes susceptibles d’être interviewés par les médias sur la question de l’impact psychologique de la crise sanitaire. Le sujet du suicide pourrait également être évoqué par le journaliste.
Dans la mesure où nous avons des craintes quant à une augmentation des suicides et que ces craintes sont partagées par la communauté des spécialistes du suicide, nous vous invitons à suivre ces messages-clés.
Dans le contexte actuel, nous rappelons également l’impact du traitement médiatique du suicide. Et invitons les professionnels interviewés ainsi que les journalistes à la plus grande prudence quant aux propos relayés dans les médias. Il est essentiel de répondre aux journalistes, tout en veillant à limiter l’effet d’incitation suicidaire (effet Werther) à laquelle la période se prête de façon inquiétante, et promouvant un effet de prévention (effet Papageno).

1er message : IL EST CERTAIN QUE L’ON VIT UNE PÉRIODE DIFFICILE

La crise sanitaire que nous vivons actuellement confronte l’ensemble des français à l’incertitude et à la perte de repères, voire, pour bon nombre, à un sentiment d’angoisse et d’insécurité. Bien que nécessaires, les mesures mises en place pour y faire face, fragilisent des liens sociaux : confinement, distanciation sociale, isolement, etc.
Alors que les élans de solidarité et les coopérations sont nombreux, le manque de cohésion et de régulation engendrent des changements importants qui peuvent faire le lit d’idées suicidaires chez les personnes les plus vulnérables.

2ème message : LE SUICIDE N’EST PAS UNE FATALITÉ

Plus que jamais, il est important de rappeler que le suicide n’est pas une fatalité et qu’il est possible d’agir pour le prévenir. Tout d’abord, en repérant les signes de souffrance psychique. Il arrive que les personnes évoquent clairement leurs idées suicidaires ce qui permet de consulter rapidement un médecin. Mais parfois, les propos sont plus indirects. Ainsi, des phrases telles que « Je n’en peux plus de cette vie là » ou « Vous seriez plus tranquilles sans moi » sont à prendre au sérieux. Tout comme un changement de comportement habituel comme l’isolement, le repli, l’irritabilité, l’alcoolisation… Dans tous les cas, la question des idées suicidaires peut être simplement posée. Cela permettra à la personne d’exprimer sa souffrance et de contacter rapidement un professionnel.

3ème message : IL EXISTE DES RESSOURCES D’AIDE

Compte tenu du contexte, nombre de français hésitent à contacter leur médecin traitant ou à appeler le 15 de peur de surcharger les lignes d’appel. Soyez assurés que de nombreux professionnels de santé mentale se sont réorganisés afin de compléter la palette de soutien psychologique. Sur le territoire national, les Samu centre 15 sont majoritairement renforcés en équipes de professionnels de santé mentale. Ce message doit être diffusé à la population.

D’autres leviers de prévention peuvent également être levés :

  • Mobiliser l’entourage : Même s’ils sont virtuels, les liens sociaux peuvent être maintenus en utilisant les techniques à notre disposition : téléphone, mail, réseaux sociaux, visioconférence… Passer un appel à un proche, prendre de ses nouvelles, s’inquiéter de son bien-être peut changer la donne.
  • Solliciter les lignes d’écoute : Disponibles pour la plupart par téléphone ou par chat, les professionnels des plateformes téléphoniques apportent soutien et écoute aux personnes en situation de vulnérabilité et de détresse psychologique.
    Jeunes et adolescents : Fil Santé jeunes 0800 235 236, 7j/7, de 9h à 13h et de 14h à 18h
    Pour tous : 0800 130 000, 7j/7, 24h/24
TOUTE INTERVIEW DOIT SI POSSIBLE SE TERMINER PAR LE MESSAGE SUIVANT

Prenez soin de vous et de vos proches. N’oubliez jamais que vos proches, votre famille, votre entourage, votre communauté… sont d’une aide précieuse dans ce contexte ; n’hésitez pas à les contacter. Si vous vous sentez envahi par des idées suicidaires, appelez le 15.

 

L’équipe du programme Papageno
Pr Frank Bellivier, Délégué ministériel à la santé mentale et à la psychiatrie
Pr Pierre Thomas, Co-président du comité national de pilotage de la psychiatrie, Responsable du groupe prévention du suicide au sein de la Direction générale de la santé

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