Quand la surmortalité suicidaire des forces de l’ordre fait la Une

16 Nov 2017
Le taux de mortalité par suicide des policiers, des gendarmes et des forces armées est supérieure à celui de la population générale. L’actualité nous donne une triste illustration de ce sur-risque qui tient à l’intrications de facteurs individuels et sociaux. Mieux comprendre et mieux prévenir le suicide métier impose de ne banaliser ou de ne minimiser ni les uns, ni les autres de ces facteurs.Sans méconnaître les questions sociales et institutionnelles soulevées par les suicide récemment recensés parmi les forces de l’ordre, l’équipe du programme Papageno salue l’annonce du Ministre de l’intérieur voulant réunir « rapidement les représentants des policiers et gendarmes pour évoquer les dispositifs de prévention existants et les moyens d’en renforcer encore l’efficacité ».
 
Parce qu’il est la figure – pour certains exemplaire – de la sécurité et de la confiance, le suicide d’un agent des forces de l’ordre est susceptible d’être pour le moins impressionnant, si ce n’est fragilisant. Nous y voyons un motif supplémentaire à l’application de précautions par les journalistes pour limiter les risques de contagion[1] chez les plus vulnérables, sans toutefois nuire à la qualité de l’information.
 
Nous rappelons notamment qu’un geste suicidaire, quel qu’il soit, est toujours la conséquence de facteurs multiples et enchevêtrés, y compris lorsque l’un d’eux apparait avec plus d’évidence que les autres. Rendre compte de cette complexité, c’est dégager les personnes qui seraient exposées à des événements de vie adverses similaires à l’idée d’une fatalité du geste.
 
Nous vous suggérons également d’éviter d’apporter tout détail quant au moyen (type d’arme, procédé) ou au lieu suicidaire employé. Un ton neutre, dépouillé de sensationnalisme, permettra d’éviter d’apporter une charge émotionnelle superflue et éprouvante. Préférez des mots plus sobres tels que « hausse » ou « supérieur » à des termes tels qu’ « épidémie », « flambée » ou toute autre expression emphatique pour décrire la survenue récente de plusieurs cas de suicide. La mise en évidence et la répétition excessive d’articles traitant du suicide induisent davantage de comportements d’imitation qu’un traitement médiatique plus discret. Dans l’idéal, ces articles devraient se trouver dans les pages intérieures, et figurer en bas de page, plutôt qu’en Une ou sur la partie haute d’une page intérieure. À la télévision tout comme à la radio, l’information sur un suicide ne devrait pas faire la Une de l’actualité mais davantage apparaître en deuxième ou troisième sujet.
La pertinence de répéter ou de réactualiser une histoire originale devrait également être évaluée avec circonspection. Demandez-vous s’il est d’intérêt public de rapporter cette mort et mettez en balance cet intérêt public avec le risque de contagion que constitue la répétition excessive de sa couverture.
 
Chaque suicide est l’issue tragique d’une trajectoire de souffrance. À chaque étape, cette souffrance peut être apaisée, et le suicide évité. De nombreuses ressources existent. Le rappeler dans vos articles, et faire figurer une ou deux coordonnées d’aide (médecin traitant et/ou Samu en cas d’urgence vitale) pourrait permettre de sauver des vies.


[1] L’actualité en matière de recherche met en évidence que, lorsqu’il est réalisé sans précaution, le traitement médiatique du suicide est l’un des nombreux facteurs pouvant inciter les personnes vulnérables à passer à l’acte. C’est l’effet Werther selon lequel la diffusion médiatique inappropriée d’un suicide serait à l’origine d’un phénomène d’imitation (autrement appelé «contagion») chez des personnes vulnérables. Le cas de l’actrice Marilyn Monroe en est une illustration : le mois suivant son décès, on a assisté à une augmentation de la mortalité par suicide de 12% aux Etats-Unis et de 10% en Grande-Bretagne (soit 363 suicides supplémentaires, rien que pour ces 2 pays). D’autres exemples célèbres en France, Autriche, Allemagne… en témoignent.
À l’inverse, l’information, lorsqu’elle répond à certaines caractéristiques, pourrait contribuer à prévenir les conduites suicidaires. Cet effet protecteur est connu sous le nom de Papageno.

Le décès de Chester Bennington relance tristement la question du traitement médiatique du suicide

21 Juil 2017

Ce 20 juillet, l’annonce du suicide à 41 ans de Chester Bennington, chanteur du groupe Linkin Park, replace la question sensible du décès tragique des célébrités sur le devant de la scène.

Ce type d’événement attire légitimement l’intérêt du public et des médias. Or, comme le montrent les études scientifiques, les suicides d’artistes ou de politiciens sont d’autant plus à même de susciter des comportements d’imitation chez les personnes vulnérables qu’ils concernent des personnalités reconnues et/ou admirées.

Certes le phénomène questionne. Comment un acte aussi intime et personnel que le suicide peut-il être influencé par l’exemple d’un autre individu, a fortiori quand il s’agit d’une star que l’on n’a jamais vue ?

À travers les médias de masse, la célébrité s’incarne auprès du public comme une personne proche, comme un semblable qui a acquis une position sociale et symbolique désirable. Depuis cette position, la star suscite souvent un fort sentiment d’empathie chez ses fans. Comme en lien direct avec elle, ceux-ci tendent à s’y identifier, à adopter certaines de ses valeurs ou à imiter certains de ses comportements. La célébrité devient un modèle, un point de référence pour guider ses propres choix ou faire face à ses propres difficultés.

Par conséquent, le suicide d’une célébrité envoie à ses fans un message douloureux. Auréolé de la force symbolique dont elle jouissait, son geste est susceptible d’apparaître de façon trompeuse comme une solution à adopter. Lorsque l’auditoire souffre lui-même d’idées suicidaires, une célébrité admirée qui se donne la mort lève une peu de l’inhibition à passer à l’acte. D’où le risque attesté de contagion suicidaire en de pareilles circonstances.

Pour ces raisons, traiter du suicide d’une célébrité devrait se faire avec une prudence toute particulière : sans valorisation indue, ni description détaillée de la méthode employée, mais en mettant davantage l’accent sur les conséquences que ce geste peut avoir. Il apparaît préférable de ne se prononcer que lorsque la cause du décès est attestée et d’éviter toute spéculation potentiellement néfaste. Comme pour tout suicide, veiller à ne pas publier l’éventuelle lettre d’adieu et respecter les endeuillés.

Nous invitons donc les professionnels des médias à consulter les recommandations rédigées par l’OMS. Prendre en compte ces indications permet de prévenir un effet de contagion suicidaire et de rendre le suicide évitable. L’insertion d’un numéro d’appel (le 15, un médecin généraliste, un centre médico-psychologique) en est un exemple.


Le geste de détresse du juge Jean-Michel Lambert

12 Juil 2017

Ce 11 juillet, le décès du juge Jean-Michel Lambert a largement été relayé dans les médias. Et nous adressons une pensée de soutien à ses proches.

Nombreux sont les journalistes qui, pour éclairer le geste, ont rappelé le contexte de l’affaire Grégory qui défraye les chroniques depuis 30 ans déjà.

Sans présager de l’histoire de vie du juge Lambert, ce contexte permet de rappeler qu’un geste suicidaire résulte toujours d’une souffrance intense. Cette détresse est telle qu’elle dépasse les capacités de l’individu à y faire face, du fait de sa vulnérabilité.

De multiples contraintes, anciennes ou intercurrentes, poussent la personne, non pas à prendre la décision, mais bien à être contraint au choix forcé (ou non choix) de se donner la mort.

Dans cette perspective, parler avec une personne ayant des idées suicidaires peut aider. La personne se sentira le plus souvent soulagée d’être écoutée, entendue et il sera possible de l’orienter au mieux vers les professionnels de santé capables de conduire une prise en charge adaptée.

Il existe de nombreux professionnels à qui s’adresser lorsqu’on découvre que l’un de ses proches a des idées suicidaires, ou que l’on en a soi-même. En premier lieu, le médecin généraliste. Au sein des Centres hospitaliers de la plupart des villes, il existe également des consultations d’urgences générales ou psychiatriques où il est possible de rencontrer un psychiatre ou un infirmier 24h sur 24h. D’autres structures, tels que les Centres médico-psychologiques, les Centres de crise… peuvent également aider toute personne en souffrance à passer un cap afin d’éviter un passage à l’acte suicidaire.

Ainsi devant une personne en crise suicidaire, en parler est la première étape, orienter au mieux et au plus vite est la seconde étape. Une personne en crise suicidaire peut être aidée. Dans la majorité des cas, avec une prise en charge adaptée, les idées suicidaires cèdent et ne réapparaissent plus.


Nous rappelons également aux journalistes qu’en cas de suicide, un traitement médiatique précautionneux est souhaitable et ce d’autant plus lorsque la personne décédée est socialement connue.

Ainsi, nous préconisons de :

  • Ne pas préciser ni illustrer avec force détails le moyen létal utilisé,
  • Informer les lecteurs sans sensationnaliser le suicide, ni le mettre en évidence,
  • Utiliser des expressions comme « mort par suicide », « suicide abouti » ou « il s’est tué » plutôt que présenter le suicide comme étant « réussi »,
  •  Lorsque la cause du décès n’est pas connue, toute spéculation imprudente autour d’un suicide potentiel peut s’avérer néfaste. Il semble donc préférable de ne se prononcer que lorsque la cause du décès est attestée,
  • Mentionnez des ressources locales et/ou nationales où le public peut trouver de l’aide : traitement, information, conseils.
  • Évitez de présenter le suicide comme la conséquence d’un unique événement causal.

Le point de vue de Papageno sur la série 13 raisons de

2 Mai 2017

Bien que l’expression tende à être galvaudée, il ne serait pas excessif de qualifier 13 raisons de de phénomène médiatique. Depuis son lancement le 31 mars 2017, la série adaptée du bestseller de Jay Asher et diffusée par Netflix a battu des records d’audience, recueilli plus de 11 millions de tweets sous les #13ReasonsWhy et #thirteenreasonswhy, suscité des débats passionnés sur les réseaux sociaux, et fait réagir les organismes de prévention du suicide. À travers un récit posthume, le réalisateur y retrace la trajectoire suicidaire de Hannah Baker, adolescente de 17 ans, qui laisse en guise de lettre d’adieu à ses « camarades » de lycée 13 cassettes audio qu’elle leur somme d’écouter. Le principe qui guide Hannah est simple : à chaque cassette la dénonciation d’un camarade qui a contribué, selon elle, à sa trajectoire fatale.

 

Et c’est bien parce que 13 raisons de peut être qualifié de phénomène médiatique que la série a soulevé une vague d’inquiétudes parmi les suicidologues. Les préoccupations sont légitimes, car la nature « contagieuse » du suicide n’est aujourd’hui que peu contestée. En effet, les études épidémiologiques mettent quasi-unanimement en évidence une augmentation du risque suicidaire dès lors qu’un adolescents est exposé au suicide, soit directement dans son entourage (1–3), soit indirectement via les médias ou les réseaux sociaux (4–7). De fait, l’exposition au suicide d’un camarade d’école multiplierait le risque d’idées suicidaires de 2 à 5 fois, le risque de tentatives de suicide de 3 à 5 fois (8), et le risque de suicide de 2 à 4 fois (9). D’après certains auteurs, ce seraient 1 à 4 % des suicides d’adolescents qui surviendraient dans un contexte « d’épidémie » de suicide (9). D’autres vont jusqu’à affirmer que la contagion serait un facteur clé dans 60% de suicides de cette tranche d’âge(10).

Les arguments que la plupart des organismes de prévention emploient pour mettre en garde contre le risque incitatif de la série reposent sur des préceptes classiques de la suicidologie appliqués aux médias. Et en effet, à première vue, 13 raisons de semble contrevenir à la quasi-totalité des recommandations pour un traitement médiatique responsable (entendu, à faible risque de contagion) du suicide. D’abord, les mythes les plus répandus relatifs aux conduites suicidaires y sont tous représentés, voire explicitement énoncés : d’après le conseiller d’éducation, le suicide de Hannah relèverait d’un « choix », cette dernière semble constamment déjouer les tentatives des adultes pour mettre au jour sa souffrance, sa progression vers la mort renvoie une impression d’inéluctabilité et le mode narratif suggère une forme de linéarité entre les 13 causes évoquées et le geste fatal. En outre, le moyen létal est directement et largement dépeint jusque dans ses détails. Enfin, jamais Hannah n’accède aux soins qui lui auraient permis de s’extraite de son tourment, et ce, malgré au moins un appel à l’aide clair.

Pourtant, un article du Monde[1] daté du 16 Avril 2017 relève un constat détonant d’avec les craintes des professionnels. « Dans certains pays, et notamment au Brésil » note Damien Leloup, responsable de la rubrique Pixel, « des associations d’aide aux personnes suicidaires ont signalé que les appels sur leurs lignes d’écoute avaient doublé depuis le début de la diffusion de la série ». Certaines d’entre elle auraient en outre reçu des messages attestant de ce que certains jeunes en détresse n’auraient jamais appelé s’ils n’avaient pas vu la série. Comment le comprendre ?

Nuance 1 : pourquoi la littérature épidémiologique nous incite à la retenue ?

Il faut d’abord se rappeler que la littérature concernant la couverture médiatique du suicide est bien moins consensuelle pour les fictions qu’en ce qui concerne les fait divers réels. Certes, il existe quelques exemples de séries télévisuelles dont la diffusion a été associée à un effet incitatif. En Allemagne, les taux de mortalité par suicide chez les adolescents et les jeunes adultes ont connu une augmentation significative dans les deux mois qui ont suivi la diffusion de la série Mort d’un étudiant. Cette recrudescence concernait surtout les suicides sur les rails, tels que celui dépeint dans la fiction (11). En Grande-Bretagne, après qu’un célèbre soap opéra britannique a diffusé la tentative de suicide médicamenteuse de l’un de ses personnages, le nombre d’ingestions médicamenteuses volontaires a subséquemment augmenté dans la population (12). Toutefois, il faut également reconnaître qu’au regard de l’abondance des Media effect studies, ces exemples demeurent particulièrement rares. Le domaine d’étude qui s’intéresse aux conséquences de la diffusion d’un suicide fictif reste encore pauvre et souffre d’un sérieux manque de rigueur méthodologique (6). À titre d’exemple, toutes les études aujourd’hui disponibles en la matière sont menées à l’échelle populationnelle. Aucune n’est donc en mesure d’établir un lien formel entre l’exposition des jeunes au film, à la série ou à la pièce de théâtre et leurs passages à l’acte. Par ailleurs, les hypothèses de recherches tendent à considérer l’effet de contagion comme un processus univoque. Aucune étude ne s’est donc non plus intéressée au potentiel effet de promotion du recours aux soins qu’auraient pu avoir en parallèle les fictions en question. Enfin, aucun des travaux ne prend en considération la finesse et la diversité des contenus des séries ou de leur contexte de diffusion, adoptant plutôt – épidémiologie populationnelle oblige – une perspective monolithique de type stimulus (la série qui dépeint le suicide) – réponse (l’augmentation des taux de suicide) qui occulte nécessairement les nuances et les ambivalences liées à ces contenus et ces contextes. Il en ressort que le champ d’étude consacré à la diffusion des suicides fictifs se caractérise par des discours contradictoires et discordants plus qu’il ne permet de tirer une conclusion claire (6).

Nuance 2 : pourquoi 13 raisons de ne traite pas du suicide de façon aussi « irresponsable » qu’on pourrait le penser ?

Tout d’abord, si la série donne à voir ou à entendre de façon aussi claire les grandes idées reçues qui circule autour du suicide, c’est d’après-nous par souci de désigner l’écueil, de montrer par l’absurde leur inanité et leurs dangers. En éveillant la conscience du spectateur, 13 raisons de s’attelle à déconstruire « en négatif » les mythes qu’elle avait pointé du doigt l’instant d’avant. Compte-tenu de l’âge de l’audience, le procédé est sans doute bien plus efficace qu’un argumentaire rationnel et explicite. Quelques exemples pour étayer notre propos :

  • « On ne peut rien faire pour prévenir le suicide ». Si la série décrit 13 raisons pour lesquelles Hannah se serait suicidée, elle décrit en creux au moins 13 façons (et en fait, encore bien plus) par lesquelles le drame aurait pu être évité.
  • « On se suicide par choix ». En déroulant en 13 épisodes le processus suicidaire de Hannah, la série tire parti d’un temps de narration long pour amener le téléspectateur à constater que l’adolescente, acculée par une succession d’événements imbriqués, voit ses perspectives s’amenuiser progressivement, ses ressources de dévider, son étayage s’étioler et finalement, ses espoirs se consumer. Comment le spectateur pourrait-il alors ne pas voir que le suicide de Hannah s’impose à elle comme un non-choix ?
  • « Le suicide est facilement explicable ». Non seulement Hannah avance-t-elle 13 raisons à son suicide, évitant à la série de ne le réduire qu’à un unique événement précipitant (comme c’est bien souvent le cas, il faut le reconnaître), mais encore ces 13 raisons apparaissent-elles en fait bien plus complexes que la façon dont elle les présente. Par le procédé du film-choral, les faits sont mis en perspectives par l’entrecroisement des points de vue et des subjectivités, aucun des comportements n’est dépeint de façon univoque dans ses motifs et ses effets, et la séquence des événements est bien rendue dans l’intrication de ses contingences et ses déterminismes.
  • « On ne peut pas le prévoir ». Ce que la série opère, c’est un déplacement de questionnement. Il ne s’agit pas tant de se demander « Qui a vu ? Qui n’a pas vu ? », interrogation à laquelle se livrent les personnages, et dont la série montre bien qu’elle ne peut se résoudre que par la vanité du blâme ou par la tourmente de la culpabilité (la série suscite à ce titre beaucoup d’empathie pour les parents de Hannah). Il s’agit plutôt d’amèner le spectateur à soulever la seule question qui compte du point de vue de la prévention, à savoir : « Y-a-t-il des signes d’alerte ? Est-il possible de les percevoir ? Et si oui, comment ?». En insistant sur ce point, la série a le mérite de respecter la douleur des proches et la grande difficulté pour eux d’accéder a priori à la détresse de leur adolescent, tout en démontrant qu’en potentialisant les forces, et en recoupant les regards, il reste possible de repérer le danger.

En ce qui concerne l’absence remarquable du soin dans la série, il est à noter que le scénario (et le roman dont elle est adaptée) prend le parti de décrire le processus suicidaire complété d’une adolescente. Sinon qu’à envisager la censure, l’idée est difficilement contestable pour elle-même. Compte-tenu de ce prémisse, le soin, s’il avait été représenté, aurait été automatiquement disqualifié par son impuissance à stopper la trajectoire tragique. Au contraire, le manque agit ici comme un appel, comme la figuration en creux de la nécessité d’une aide extérieure que le spectateur, placé en position de témoin impuissant, appelle de ses vœux tout au long de la série. À ce titre, on aurait en revanche pu attendre que soient mentionnées les ressources d’aides disponibles au générique de chaque épisode. D’après nous, c’est là un manque que le « making off » de la série ne suffit pas à combler.

De la même manière, il ne nous semble pas qu’il fut opportun de représenter explicitement et de manière aussi détaillée la scène du suicide de Hannah. S’il ne nous appartient pas de nous prononcer sur sa pertinence narrative ou esthétique, nous pouvons affirmer à l’appui de la littérature qu’une telle scène, plutôt que de générer une expérience aversive, risque d’augmenter la disponibilité cognitive du suicide auprès des adolescents les plus sensibles (13). Augmentant insidieusement la familiarité qu’ils entretiennent avec le geste, ceux-ci s’en retrouve rapprochés d’autant.

Nuance 3 : qu’est-ce que la notion d’identification nous apprend ?

De nombreuses hypothèses ont été avancées pour rendre compte du phénomène de contagion suicidaire, mais rares sont celles d’entre elles qui ont été empiriquement étayées. À ce jour, la théorie de l’identification représente l’un des référentiels les plus solides, holistiques et intégratifs qui ait été proposé (14). Selon cette théorie, un adolescent serait d’autant plus à même d’imiter le geste létal d’un modèle qu’il se reconnaîtrait en lui et adopterait temporairement sa perspective (15). Toutefois, l’identification est une notion ambivalente. Plutôt qu’une confusion identitaire, elle caractérise des mouvements complexes et indissociables d’assimilation et de différenciation dont la finalité est l’individuation et la construction d’un sens de l’altérité. En d’autres termes, s’identifier, c’est emprunter pour un temps la perspective d’autrui afin mieux assoir son individualité propre et de lui reconnaître la sienne.

Aussi les progrès récents les plus significatifs qui ont été faits dans la compréhension de la contagion suicidaire proviennent-ils essentiellement des études expérimentales. En soumettant un échantillon d’individus à des films dépeignant une scène suicidaire vs. une mort de cause « naturelle » ou une fin heureuse, l’équipe Autrichienne de Benedikt Till pu mettre en évidence :

  • Que le visionnage des films à contenu suicidaire pouvait avoir 2 effets opposés (16)
    • Une augmentation de la tension interne, une détérioration de l’humeur et une augmentation relative du niveau de suicidalité
    • Une augmentation de l’estime de soi et du niveau de satisfaction de vivre
  • Que la tendance à être affecté négativement était associée à une augmentation du niveau d’identification au personnage concerné (17)
  • Que la tendance à l’identification « volontaire » était associée à un plus haut niveau de suicidalité de base (18)
  • Que la tendance à l’identification était associée à un plus haut niveau de capacités empathiques de base (19)
  • Que les individus qui s’identifiaient le plus étaient aussi ceux qui avaient le plus tendance à chercher de l’aide en cas de difficulté de vie

Ces résultats illustrent les effets très tangibles de l’identification en termes d’engagement cognitif et émotionnel. Ils suggèrent dans le même temps combien ces effets peuvent être versatiles. Dans la mesure où l’empathie est l’une de ses composantes principales, l’identification mobilise des affects, sans toutefois présager des affects en question. Et dans la mesure où elle est un prérequis indispensable à l’apprentissage social, elle engage à l’adoption et l’intégration de comportements nouveaux, mais ne détermine pas, à elle seule, la nature de ces comportements. Aussi, s’identifier à un modèle peut tout aussi bien conduire à imiter ses faits et gestes, qu’à adopter un comportement qui s’inscrira en exacte contrepoint de celui qu’on lui observe. Dans le cas d’une fiction, cela dépend des individus et du modèles, certes, mais aussi et surtout du contexte narratif et du discours qui accompagne le film, la série, ou la pièce de théâtre.

Par la force de l’identification dite « horizontale » (20) (c’est à dire l’identification à « celui qui me ressemble »), l’assimilation au personnage de Hannah pourrait battre son plein chez les jeunes vulnérables ou vulnérabilisés : même âge, problèmes potentiellement similaires car fréquents (ex. harcèlement scolaire), narration sous forme de « journal intime » renforçant l’expérience immersive dans l’intimité de la jeune fille, etc. Ceux-là, la littérature scientifique nous engage à les considérer comme se situant sur une ligne de crête. Par l’empathie qu’elle suscite vis à vis du personnage principal, la série mobilise puissamment leurs affects, au risque même de détériorer leur humeur. Ils sont comme sur le qui-vive, sur la brèche. Mais rien n’indique que cet état de tension se résoudra nécessairement par l’adoption d’idées suicidaires, voire – au pire – par l’imitation du geste de Hannah. Au contraire, poussés par leur répugnance à voir un personnage auquel ils s’étaient attachés en arriver à la mort, il est tout à fait plausible qu’ils en viennent en vouloir échapper eux-mêmes à cette trajectoire et à demander l’aide qu’ils avaient souhaité pour Hannah. De toutes évidences, c’est une zone à risque considérable. Mais c’est aussi une zone d’exceptionnelle opportunité pour mobiliser des adolescents habituellement inaccessibles au soin.

Or, 13 raisons de manie avec subtilité l’ambivalence des processus identificatoires. En jouant successivement d’identifications et de contre-identifications, elle est à même d’ébranler ses téléspectateurs et d’induire chez lui plusieurs mouvements concomitants. D’assimilation identitaire directe d’abord («Je pourrais me suicider comme Hannah »), mais aussi d’attachement (« Je ne veux pas qu’Hannah meurt »), d’empathie (« Je voudrais aider Hannah », « je voudrais qu’Hannah soit aidée »), d’assimilation en négatif (« Je pourrais me faire aider comme Hannah l’aurait pu »), et/ou de différenciation (« Je peux me faire aider, car je ne suis pas condamnée comme Hannah l’est»).

Compte-tenu de la nature des échanges qu’il est possible d’observer sur les réseaux sociaux, il semble que l’ensemble de ces courants soient actifs chez les jeunes. Probablement, les mieux portant d’entre eux se contre-identifient-ils d’emblée à Hannah. Probablement, certains des plus vulnérables ou vulnérabilisés – ceux qui se reconnaissent le plus dans Hannah – se situent-ils plutôt du côté du pôle « assimilation identitaire directe » du spectre. Mais ce qui a pu être soulevé en eux d’identification vulnérante (à risque d’imitation), la série contient aussi tous les éléments pour le commuer en identification protective (et donc en recherche d’aide) par le cheminement que nous venons de décrire.

Notre avis sur 13 raisons de

Si 13 raisons de comporte bel et bien un risque de contagion suicidaire, elle constitue aussi une opportunité de prévention rare. Parce qu’elle a été composée dans cette intention par des jeunes et pour des jeunes, la série adopte des codes de communications extraordinairement efficaces que les campagnes traditionnelles menées auprès de ce public pourraient envier. Ce potentiel de prévention, il nous semble qu’il est de notre responsabilité d’adultes de nous en saisir en accompagnant les adolescents dans l’appréhension de la série plutôt qu’en s’érigeant systématiquement contre elle. Cela suppose bien sûr de reconnaître et de prendre garde aux dangers auxquels elle expose. Mais ces dangers, peux-t-on imaginer qu’une quelconque condamnation de la série permettent de les neutraliser, surtout auprès d’un public adolescent que la transgression motive parfois bien plus que le respect des préceptes adultes ? Au contraire, il nous semble qu’il faille savoir compter sur l’intelligence des jeunes en se saisissant de ce qui les anime pour leur montrer que nous sommes présents, disponibles, à l’écoute et, autant que faire se peut, rassurants.

Références

  1. Ho T-P, Leung PWL, Hung S-F, Lee C, Tang C-P. The mental health of the peer of sucide completers and attempters. J Child Psychol Psychiatry. 2000;41(3):301–8.
  2. Gould MS, Greenberg TED, Velting DM, Shaffer D. Youth suicide risk and preventive interventions: a review of the past 10 years. J Am Acad Child Adolesc Psychiatry. 2003;42(4):386–405.
  3. Watkins RL, Gutierrez PM. The relationship between exposure to adolescent suicide and subsequent suicide risk. Suicide Life Threat Behav. 2003;33(1):21–32.
  4. Phillips DP. The influence of suggestion on suicide: substantive and theoretical implications of the Werther effect. Am Sociol Rev [Internet]. 1974 [cited 2014 Apr 24]; Available from: http://psycnet.apa.org/psycinfo/1974-32695-001
  5. Leon SL, Cloutier P, BéLair M-A, Cappelli M. Media coverage of youth suicides and its impact on paediatric mental health emergency department presentations. Healthc Policy. 2014;10(1):97.
  6. Pirkis J, Blood RW. Suicide and the news and information media. A critical review. Mind Frame Media. 2010 Feb;
  7. Sisask M, Värnik A. Media Roles in Suicide Prevention: A Systematic Review. Int J Environ Res Public Health. 2012 Jan 4;9(12):123–38.
  8. Swanson SA, Colman I. Association between exposure to suicide and suicidality outcomes in youth. Can Med Assoc J. 2013;185(10):870–877.
  9. Gould MS, Wallenstein S, Kleinman MH, O’Carroll P, Mercy J. Suicide clusters: an examination of age-specific effects. Am J Public Health. 1990;80(2):211–212.
  10. Davidson LE, Rosenberg ML, Mercy JA, Franklin J, Simmons JT. An Epidemiologic Study of Risk Factors in Two Teenage Suicide Clusters. JAMA. 1989 Nov 17;262(19):2687–92.
  11. Ostroff RB, Behrends RW, Lee K, Oliphant J. Adolescent suicides modeled after television movie. Am J Psychiatry. 1985 Aug;142(8):989.
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  13. Florentine JB, Crane C. Suicide prevention by limiting access to methods: a review of theory and practice. Soc Sci Med. 2010;70(10):1626–1632.
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  16. Till B, Niederkrotenthaler T, Herberth A, Voracek M, Sonneck G, Vitouch P. Coping and Film Reception: A Study on the Impact of Film Dramas and the Mediating Effects of Emotional Modes of Film Reception and Coping Strategies. J Media Psychol. 2011 Jan;23(3):149–60.
  17. Till B, Niederkrotenthaler T, Herberth A, Vitouch P, Sonneck G. Suicide in Films: The Impact of Suicide Portrayals on Nonsuicidal Viewers’ Well-Being and the Effectiveness of Censorship. Suicide Life Threat Behav. 2010;40(4):319–327.
  18. Till B, Vitouch P, Herberth A, Sonneck G, Niederkrotenthaler T. Personal Suicidality in Reception and Identification With Suicidal Film Characters. Death Stud. 2013 Apr;37(4):383–92.
  19. Till B, Herberth A, Sonneck G, Vitouch P, Niederkrotenthaler T. Who identifies with suicidal film characters? Determinants of identification with suicidal protagonists of drama films. Psychiatr Danub [Internet]. 2012 [cited 2015 Dec 30]; Available from: http://www.hdbp.org/psychiatria_danubina/pdf/dnb_vol25_no2/dnb_vol25_no2_158.pdf
  20. Niederkrotenthaler T, Till B, Kapusta ND, Voracek M, Dervic K, Sonneck G. Copycat effects after media reports on suicide: A population-based ecologic study. Soc Sci Med. 2009 Oct;69(7):1085–90.

[1] En savoir plus sur http://www.lemonde.fr/pixels/article/2017/04/16/la-serie-13-reasons-why-provoque-une-discussion-geante-a-propos-du-suicide_5112021_4408996.html#UxyusLOJCq900few.99


Le dernier numéro de la revue PSN présente l’effet Papageno

5 Avr 2017

La revue PSN (Psychiatrie, Sciences humaines, Neurosciences) consacre deux articles au programme Papageno dans son nouveau nouveau numéro :

  • « L’effet Papageno pour prévenir la contagion suicidaire », entretien avec Notredame C.E., propos recueillis par Granger B., revue PSN (psychiatrie, sciences humaines, neurosciences) 2017/1 (volume 15), 21-27
  • La question des iconoblastes à Notredame C.E., revue PSN (psychiatrie, sciences humaines, neurosciences) 2017/1 (volume 15), 97-101

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Communiqué de presse concernant le Blue Whale challenge

2 Avr 2017

Ces dernières semaines ont vu émerger et rapidement se diffuser une menace d’une nouvelle sorte sur les réseaux sociaux français. Manœuvré par des opérateurs inconnus le « Blue Whale challenge » serait un système de mise à l’épreuve qui mise sur la fascination et la tentation de la transgression pour inciter insidieusement, par l’emprise psychologique, les adolescents aux violences envers eux-mêmes et au suicide. À ce jour, le corps sanitaire et éducatif constate une multiplication préoccupante du nombre de jeunes qui se disent concernés. L’appréhension du phénomène requiert toutefois une mesure et une prudence toutes particulières car les spécialistes des réseaux sociaux n’ont à ce jour pas d’éléments suffisants pour attester de la réalité de décès ou tentatives de suicide liés au challenge.

Il n’en demeure pas moins que le Blue Whale challenge a déjà fait l’objet d’une couverture médiatique conséquente, et dans la grande majorité des cas, prudente. À n’en pas douter, de nombreux faits divers qui lui sont relatifs vont encore émerger. La décision de traiter ou non de tels faits divers implique une mise en tension éthique et déontologique délicate. D’un côté, la diffusion par les médias d’une information exacte permet d’alerter les parents, les professionnels et la société sur le phénomène. Mais d’un autre côté, la multiplication des articles ou des émissions consacrées au challenge et à ses détails risque d’entretenir un cercle vicieux mortifère, en y attirant davantage de jeunes vulnérables par un entretien du « buzz ».

Afin d’éclairer cette décision, nous souhaitons porter à votre connaissance les éléments scientifiques suivants :

Les adolescents vulnérables qui sont surtout concernés par le challenge sont aussi ceux qui sont le plus susceptibles d’être tentés par la transgression, la prise de risque et la mise en danger d’eux-mêmes. À cet égard, la dénonciation du Blue Whale challenge peut avoir, en dépit de l’intention responsable qui la sous-tend, un effet paradoxal de suggestion chez ces jeunes. En outre, les adolescents en souffrance tendent à s’identifier de façon excessive aux conduites de leurs pairs, surtout lorsqu’elles connaissent une forme de renommée. Aussi, la médiatisation du Blue Whale challenge comporte un risque de « contagion » avéré.

À la lumière de ces éléments, et pour prendre en compte l’éventualité que le Blue Whale challenge ne soit que pure fiction entretenue par la médiatisation qui en est faite (phénomène de « légende numérique »), nous encourageons donc les journalistes à évaluer l’opportunité de couvrir le Blue Whale challenge et les faits divers qui lui sont relatifs avec la plus grande circonspection, et à la limiter au strict nécessaire.

Si toutefois vous aviez à traiter du challenge, nous vous proposons les points de repère suivant pour limiter au maximum le risque de le voir se répandre :

  • Éviter toute sensationnalisation, y compris dans la dénonciation, afin d’éviter l’effet de fascination que pourraient éprouver les adolescents.
  • Éviter de publier des photos et la liste précise des défis
  • Éviter de présenter le Blue Whale challenge comme un jeu qu’il n’est pas
  • Angler de préférence sur les signes d’alerte (conduites de ruptures diverses) et les modalités de prévention
  • Ne pas hésiter à mettre en avant les initiatives de la communauté des internautes adolescents à résister au défi. Pour exemples, voici quelques témoignages de Youtubeurs :
  • Faire figurer dans chaque article ou chaque émission les ressources d’aide disponibles (médecins généralistes, urgences des hôpitaux, ligne d’écoute d’associations de prévention du suicide et de santé des adolescents notamment Fil santé jeunes)

Nous vous informons également que les acteurs de la prévention du suicide et la communauté des professionnels de la santé présents sur les réseaux sociaux sont largement mobilisés. Ce travail de fond vise à repérer les adolescents en difficulté et à les orienter vers les dispositifs de soins.

Ce communiqué est diffusé par :

Pour nous contacter : 06 27 91 21 42


#happinesschallenge ou la liste de 50 défis positifs visant à vivre un petit instant de bonheur chaque jour

16 Mar 2017

Face au Blue whale challenge, beaucoup d’internautes se sont insurgés et ont décidé d’agir. Sur Twitter, certains ont proposé leur version du jeu. Une liste de 50 défis positifs visant à vivre un petit instant de bonheur chaque jour. Ces posts ont eu tellement de succès, qu’ils apparaissent désormais en top tweet lorsque l’on inscrit le hashtag sur la plateforme.

On aime et on diffuse :


Extrait d’un article paru dans 20 minutes


Le coup de gueule des Utubers face au Blue whale challenge

12 Mar 2017

Depuis plusieurs jours, un nouveau challenge qui sévit sur les réseaux sociaux est largement relayé dans l’actualité : le Blue whale challenge. Ce challenge, dont l’étape ultime consiste à pousser ses joueurs au suicide, a d’ores et déjà couté la vie à 160 adolescents dans le monde, notamment en Russie.

Face au Blue whale challenge, la communauté des jeunes Utubers français réagit en nombre et lui donne une fin de non-recevoir. Ils appellent à la prise de conscience afin de ne pas céder à ce défi. Ils mobilisent leurs réseaux et la puissance des réseaux sociaux en invitant à partager en masse. Ils espèrent que ce message passera autant auprès des jeunes que des parents et des professionnels de l’éducation.

Quelques exemples que nous relayons :


En matière de prévention, nous rappelons également que si vous-même ou l’un de vos proches a des idées suicidaires, vous pouvez contacter votre médecin traitant, un centre médico-psychologique proche de votre domicile. En cas d’urgence vitale, appelez le 15.

 


Les réseaux sociaux à risque d’incitation suicidaire ? Pas seulement, bien au contraire…

14 Fév 2017

La force du témoignage de l’acteur Ian Alexander de « The OA » sur ses idées suicidaires. Il nous le livre via son compte Twitter.

A voir ICI : http://www.huffingtonpost.fr/2017/02/08/emouvante-video-Ian-Alexander-acteur-transgenre-the-oa-tentative-suicide/


Alerte médias suite au décès d’un infirmier au sein de l’hôpital européen G Pompidou

7 Fév 2017

Pour aller au-delà du choc et de l’incompréhension que nous pouvons ressentir face au suicide de l’infirmier travaillant au sein de l’hôpital européen Georges Pompidou à Paris, l’équipe du Programme Papageno encourage les médias à informer le public sur la réalité complexe du suicide, le recours au suicide n’étant jamais déterminé par une cause unique. Les troubles mentaux, tels que la dépression ou la consommation de substances, constituent par exemple des facteurs de risque suicidaire majeurs. Ils peuvent affecter les capacités d’une personne à gérer les événements de vie stressants et les conflits interpersonnels. Des reportages qui rendraient compte de cette complexité seraient propres à informer le public. Pour ce faire, nous invitons les journalistes à prendre contact avec des experts de la question (nous tenons à votre disposition une liste de contacts répartis sur le territoire national).
S’agissant du repérage des signes avant-coureurs, on estime que 80% des personnes qui se sont suicidées ont consulté leur médecin traitant dans la semaine précédant leur mort. Dans une étude, la psychologue québécoise Monique Séguin pointe que seules 10% des personnes ne donnent pas d’indices de suicide. Les experts s’accordent sur le fait que demander à quelqu’un « Avez-vous envie de mourir ? » ou « Avez-vous des idées suicidaires ? » n’incitera pas la personne à passer à l’acte. Cela permettra au contraire d’orienter, d’offrir un certain soulagement à la personne qui n’aura pas osé en parler auparavant et à lui proposer de rencontrer un professionnel au plus vite. Aussi, nous invitons les médias à diffuser un numéro de téléphone vers lequel orienter les personnes ayant des idées suicidaires. Afin qu’elles puissent exprimer leur souffrance et être pris en soin.

Liste des ressources disponibles :
Si vous avez des idées suicidaires, contactez votre médecin traitant, un centre médico-psychologique proche de votre domicile. En cas d’urgence vitale, appelez le 15.


L’Organisation Mondiale de la Santé a édité des points de repères pour les journalistes afin de traiter médiatiquement du suicide. L’une d’elle invite notamment à éviter la description détaillée de la méthode par laquelle une personne s’est suicidée ou a tenté de se suicider.

Consulter les ressources ICI