C’est son travail qui l’a tué. Et si ce n’était pas juste ?

Policiers, enseignants, agriculteurs. L’actualité nous alerte chaque jour sur des situations individuelles dramatiques. Mais aussi soignants, collégiens, personnes âgées, détenus… La problématique du suicide touche les personnes, sans distinction de statut ou d’âge.

La médiatisation, en alertant l’opinion, rend visible une problématique de santé publique qui souffre d’avoir été passée sous silence. Pourtant, en traitant de ce sujet, certains médias relaient des représentations qui nous paraissent éloignées des connaissances actuelles en matière de suicide. En effet, les études scientifiques sur ce sujet ont fait d’énormes avancées depuis ces 20 dernières années. Par cette alerte médias, nous souhaitons les résumer afin que soit diffusée une information juste.

  • « Elle a fait le choix de se suicider» : La réalité qui se cache derrière un suicide c’est une souffrance psychique accrue, indescriptible pour celui ou celle qui n’a jamais eu d’idées suicidaires. Généralement, un individu manifeste un ensemble de réponses lorsqu’il est confronté́ aux événements stressants de la vie. Habituellement, ces réponses permettent de maintenir un état d’équilibre. Cependant, la déstabilisation s’accentue lorsqu’une personne affronte des obstacles importants tout au long de sa vie ou lorsqu’un enchaînement d’événements négatifs se produit.Lorsque l’individu perd ses capacités habituelles de faire face aux événements stressants, on dira qu’il se trouve dans un état de vulnérabilité. À cette étape, l’individu a épuisé son répertoire de réponses habituelles. Il ne parvient plus à évacuer une tension devenue trop intense.L’état de déséquilibre prend alors graduellement le dessus et la personne se retrouve en situation de détresse psychologique. À cette étape, si la personne arrive, par une recherche de solutions, à une résolution efficace du problème, l’équilibre est retrouvé et la crise est évitée. Si, par ailleurs, la recherche de solutions s’avère infructueuse et/ou lorsque la personne est confrontée à des échecs répétés ou à un événement déclencheur supplémentaire, le stress et la tension continuent d’augmenter. C’est au cours de cette période de phase aiguë que pourra survenir la tentative de suicide chez un individu vulnérable. C’est pourquoi, les spécialistes de la prévention du suicide évoquent le suicide comme un non-choix : la mort étant perçue comme la « solution » pour mettre un terme à la douleur.

 

  • « C’est son travail qui l’a tué» : Sans nier la pénibilité de certaines professions ou la pression subie sur lieu de travail ou la violence du harcèlement scolaire, le recueil de témoignages de personnes ayant fait une tentative de suicide montre qu’on ne peut réduire le geste suicidaire aux risques psychosociaux. Certes, ils constituent des facteurs qui augmentent le risque suicidaire mais d’autres facteurs individuels sont à prendre en considération : psychotraumatismes, abandon, négligence dans l’enfance, isolement, difficulté d’intégration, troubles de santé mentale ou physique, dépendance à l’alcool… Ainsi, les personnes qui sont déjà en grande vulnérabilité psychologique se retrouvent plus rapidement en état de crise lorsqu’elles vivent des situations difficiles. Il est donc incorrect de réduire le geste suicidaire à une cause unique. En phase aigüe, la personne se trouve dans un état de perception déformée de la réalité et a tendance à se focaliser sur un événement déclencheur (« la petite goutte qui fait déborder le vase ») alors que sa trajectoire de vie fut parsemée d’embuches qu’il convient de prendre en compte lors de la prise en soin.

 

  • « On ne pouvait rien faire» : Depuis ces 20 dernières années, le suicide en France a chuté de 18% c’est dire l’efficacité des actions de prévention qu’il est possible de mettre en place. Évaluation de l’accès à un moyen létal, repérage de signes avant-coureurs (modification dans le comportement notamment), mise en place d’un traitement médicamenteux constituent des actions qui ont fait leurs preuves. Mais aussi psychothérapie et soutien par des intervenants formés. Raconter et exprimer la souffrance et la douleur constitue souvent la première étape vers un désamorçage de la crise.

 

L’Organisation Mondiale de la Santé recommande donc de réintroduire de la justesse dans les reportages médiatiques ou dans les prises de parole sur les réseaux sociaux afin de ne pas véhiculer des représentations erronées du suicide. De plus, elle recommande d’offrir des voies de recours aux personnes en situation de crise en diffusant des ressources d’aide. Cette ouverture offre à la personne suicidaire la possibilité d’exprimer des émotions trop souvent réprimées.

Dans l’attente d’une ligne nationale dédiée à la prévention du suicide, nous vous invitons donc à rappeler l’existence de numéros tels que :

  • Le 15 ou les services d’urgence
  • Les cellules de soutien psychologique
  • Pour la Police nationale : 0805 230 405
  • Pour la Gendarmerie nationale : 08 08 800 321
  • Pour les agriculteurs : 09 69 39 29 19
  • Pour les 12-25 ans : 0800 235 236

 

Pour l’équipe du programme Papageno, Dr Pierre Grandgenèvre, Dr Charles-Edouard Notredame, Nathalie Pauwels

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