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Quels sont les mécanismes de contagion ?

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Un premier écueil serait de penser qu’il existe une cause unique au suicide. On sait, sans plus pouvoir en douter, que le suicide procède d’une multitude de facteurs individuels d’ordre psychologique et/ou psychiatrique en même temps que de facteurs sociaux et sociétaux. Mais comment comprendre que certains lycées, certaines entreprises, certains corps de métier s’endeuillent à répétition de morts qui en viennent à se ressembler ?

Comme en atteste la littérature scientifique, les personnes exposées directement ou indirectement à un événement suicidaire sont elles-mêmes plus à risque de souffrir d’idées de mort, voire de passer à l’acte. Il en découle la survenue d’un effet d’enchainement suicidaire, soit que les suicides se succèdent de façon localisée dans les institutions (hôpitaux, entreprises, écoles, etc.(1, 2)) ou sur les hot spots (ponts, falaises, forêts, etc.), soit qu’ils se multiplient sur tout le territoire sous l’influence des médias (3) ou des réseaux sociaux (4). La notion de la contagion suicidaire ouvre une voie de compréhension qui éclaire – sans la réduire – la complexité du geste suicidaire.

À titre d’exemple, 1 à 4 % des suicides d’adolescents surviendraient en contexte de contagion suicidaire et un jeune serait de 2 à 4 fois plus à risque de se suicider lorsqu’il est exposé à un suicide (5).

Mobilisant la psychologie, la sociologie et les sciences de la communication, la littérature scientifique évoque le rôle central de :

  • l’identification comme lien social fondamental. Lorsque l’identification est mise à l’épreuve du suicide, elle risque de conduire les plus vulnérables à l’imitation du geste fatal ou au contraire elle est le socle de l’entraide, du souci de l’autre et de l’accès au soin.
  • l’apprentissage social véhiculé au travers de l’échange, du partage et de la circulation d’information – notamment par les médias sociaux – décrit comment l’enfant peut apprendre de nouveaux comportements en observant d’autres personnes (6). Les contenus valorisant voire glorifiant un geste suicidaire ou ceux qui le présentent comme une voie acceptable ou fataliste transmettent donc des savoirs qui peuvent être repris par des personnes traversant une crise suicidaire. À l’inverse, le témoignage d’une personne ayant surmonté une telle crise pourrait être rapporté, répété et réaffirmé au sein d’une communauté sociale.

 


(1) Haw C, Hawton K, Niedzwiedz C, Platt S. Suicide Clusters: A Review of Risk Factors and Mechanisms. Suicide Life Threat Behav. 2013 Feb;43(1):97–108.

(2) Niedzwiedz C, Haw C, Hawton K, Platt S. The Definition and Epidemiology of Clusters of Suicidal Behavior: A Systematic Review. Suicide Life Threat Behav. 2014 Apr 7.

(3) Notredame C-E, Pauwels N, Walter M, Danel T, Nandrino J-L, Vaiva G. Why media coverage of suicide may increase suicide rates? An epistemological review. In: Media and suicide. Abington-on-Thames: Routledge; 2017.

(4) Cheng Q, Kwok C, Zhu T, Guan L, Yip P. Suicide Communication on Social Media and Its Psychological Mechanisms: An Examination of Chinese Microblog Users. Int J Environ Res Public Health. 2015 Sep 11;12(9):11506–27.

(5) Gould MS, Wallenstein S, Kleinman MH, O’Carroll P, Mercy J. Suicide clusters: an examination of age-specific effects. Am J Public Health. 1990;80(2):211–212.

(6) Bandura A, Walters RH, Social learning and personality development, New York: Holt, Rinehart & Winston, 1963.

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